Foire aux questions


Au fil de mes rencontres, notamment avec des étudiant.e.s, il m'est arrivé qu'on me pose de manière récurrente les mêmes questions, que ce soit sur ma formation universitaire, comment devenir éthologue, comment obtenir une thèse, ou en quoi consiste réellement le métier.
Voici donc quelques débuts de réponses ! N'hésitez pas à me poser d'autres questions, cette section est pour vous !

Comment devient-on éthologue ? 
Pour étudier le comportement des animaux aussi bien en laboratoire qu’en milieu naturel, il existe plusieurs voies, mais on passe forcément par de longues études. Si vous optez pour l’université, il vous faut une licence de biologie ou de psychologie (3 ans), puis un master d’éthologie (2 ans). La biologie est souvent privilégiée  pour intégrer le master mais on peut aussi passer par une licence de psychologie. Les trois principaux masters d’éthologie en France sont ceux de RennesParis XIII
et Strasbourg, mais il en existe d’autres, moins spécifiques, plus diversifiés et qui traitent davantage d'écologie, comme à St Étienne par exemple. Au bout de ces 5 ans d’étude, ça y est ! Vous êtes éthologue !  Mais si vous voulez poursuivre dans la recherche, il vous faut faire une thèse, qui dure habituellement 3 ans de plus (souvent 4), et au cours de laquelle vous êtes à la fois étudiant et salarié. La thèse compte comme un diplôme mais aussi comme un premier emploi. Vous menez votre propre projet d’étude et élargissez votre champ de recherche. C’est beaucoup de travail mais c’est très stimulant !

Quelle est ta formation universitaire, à toi ?
Après un Bac scientifique, option SVT décroché au lycée Jean de la Fontaine de Château-Thierry, je suis partie faire une Licence de Biologie Cellulaire et Physiologie à la faculté des sciences de Reims. J'étais jeune, pas forcément très bien renseignée et j'ai pris la première licence de biologie générale que je trouvais, la plus proche géographiquement de chez moi. C'était une formation complète et bien menée mais clairement ce n'est pas trop ce que je souhaitais. Beaucoup de physiologie, de biochimie, et assez peu d'études plus naturalistes en écologie ou en éthologie. Après coup, j'ai réalisé qu'une Licence Biologie des Organismes m'aurait bien mieux convenue. Mais qu'importe ! J'avais mon diplôme.
Après ces 3 ans d'étude et ma licence en poche, je suis partie à Paris XIII- Villetaneuse pour suivre le Master d'éthologie en 2 ans. Après une première année qui remplissait mes attentes (que des cours sur les bestioles, enfin !), j'ai signé pour une seconde année et optait pour le Master II, spécialité recherche éthologie fondamentale et comparée. J'ai fini mon cursus en juin 2011. Mais c'est après que ça s'est corsé !
Pour obtenir le fameux Graal qu'est la thèse, ça a été une autre paire de manche ! J'ai postulé à plusieurs sujets de thèse en France à l'étranger après mon master, mais sans succès. Je suis donc partie faire un stage à l'étranger sur les corvidés de 3 mois (choucas et corneilles de Nouvelle-Calédonie), repris contact avec mon encadrante de stage de M1, et écrit mon propre projet de thèse. Pendant 9 mois, j'ai donc affiné le projet et je l'ai présenté à l'école doctorale de Nanterre, tout en postulant à d'autres thèses toute prêtes. Mais rien n'aboutira. 
En septembre 2012, j'ai donc repris un Master II en recherche en psychologie à l'université de Paris Ouest-Nanterre-la Défense, dans le but unique et non dissimulé d'être une candidate interne au laboratoire de Nanterre afin de décrocher le précieux sésame. J'ai affiné mon sujet de thèse et candidaté à de multiples bourses de financement. Et là, banco, ça a fini par fonctionné: j'ai finalement décroché la bourse DIM Cerveau et Pensée attribué par la région Île de France et j'ai pu commencer mon doctorat à la rentrée 2013 sous la direction de Dalila Bovet et Auguste von Bayern, avec qui j'avais déjà travaillé au cours de mon cursus.

Pourquoi les oiseaux ?
Excellente question ! Surtout que quand j'étais plus jeune, je n'avais aucun intérêt particulier pour les volatiles. Je n'arrivais pas à les dessiner (il n'ont pas de bras !), et rien que pour ça, ça suffisait à m'agacer ! Après bien sûr, j'aimais observer les oiseaux dans mon jardin ou en promenade (les oiseaux, il y en a partout, même en ville !), mais je n'avais pas l'idée de me spécialiser dessus.Le déclic s'est fait lors de mon stage de Master I, au Laboratoire de Nanterre, lorsque j'ai travaillé deux mois avec des perroquets Gris du Gabon. Leur intelligence et toutes les interactions avec eux, m'ont surprise et fascinée. Je m'y suis beaucoup attachée et celà a profondément contribué à changer ma vision des oiseaux. J'ai alors voulu continuer à étudier l''intelligence" des animaux, et plus particulièrement, celle des corbeaux et des perroquets, les superstars en la matière.

Tu n'as travaillé qu'avec des oiseaux ?
Et bien non ! Ma monomanie est arrivée un peu plus tard, ce qui m'a permis d'expérimenter avec d'autres genres de bêbêtes.
Au cours de mon cursus, et lors de stages volontaires j'ai travaillé sur diverses thématiques. J'ai réalisé une étude au Parc de Sainte Croix sur une meute de loups européens, évalué dans le Laboratoire d'Écologie Générale du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris et du CNRS, les conséquences du vieillissement sur la mémoire et la force musculaire chez un petit lémurien, le microcèbe, et enfin, j'ai testé les aptitudes de partage alimentaire chez des capybaras (les plus gros rongeurs du monde !) à la Ménagerie du Jardin des plantes de Paris ainsi que chez des perruches ondulées, encore au Laboratoire de Nanterre.Il n'y a donc pas que des emplumés dans mon CV.


Mes collègues de travail entre 2009 et 2017

Pourquoi l'éthologie ?
L'éthologie, m'est apparu assez vite comme une évidence, alors que j'étais collégienne. J'ai toujours été obnubilée par les animaux. Je ne me voyais pas consacrer ma vie à autre chose. J'ai rapidement compris que le métier de vétérinaire ne m'attirait pas (le côté chirurgical, la gestion des propriétaires d'animaux, les euthanasies...). 
J'ai envisagé un temps de bosser comme soigneur animalier et j'ai compris que c'était un boulot très physique. Pour l'avoir testé bien plus tard, je peux l'attester: charrier des ballots de paille à la fourche, ça ne s'improvise pas, et mieux vaut avoir un peu de muscle en réserve ! J'ai donc compris que si je voulais travailler auprès d'animaux, sans me ruiner le dos, la recherche fondamentale et l'éthologie étaient la meilleure voie pour moi (même si je n'étais pas du tout une scientifique dans l'âme et que j'ai pas mal souffert de devoir bachoter les maths, la physique et la chimie au lycée et à la fac pour arriver à mes fins).
De plus, il y a un côté très stimulant en recherche fondamentale (que ce soit en éthologie ou dans tout autre domaine), à toujours se poser de nouvelles questions et bosser dur pour essayer d'y répondre. On est tout de même payé pour faire avancer les connaissances du savoir humain. Rien que ça, ce n’est pas donné à tout le monde ! Je voulais continuer à apprendre chaque jour, être en constante recherche d’informations, de connaissances. C’est un métier extrêmement stimulant pour ça. Même si c'est aussi très prenant, la recherche permet de combiner plein de choses différentes (apprendre, transmettre, expérimenter), et je pense que cet aspect un peu éclectique me plaisait aussi.

Est-ce que tu as toujours voulu faire ça ?
À peu près oui. J'ai toujours été passionnée par les animaux, de toute forme depuis ma tendre enfance. Sur une fiche d'orientation à remplir à l'entrée en 6ème, retrouvée il y a peu dans mes archives, j'avais noté en première position "zoologiste" et en seconde "dessinatrice". Disons que j'ai de la suite dans les idées !

A quoi ressemble une journée type quand on est éthologue ? Quelles sont tes missions ? 
En recherche, il n’y a pas vraiment de journée type et c’est là toute la beauté de la chose ! C’est un métier excessivement stimulant avec quantités de missions différentes. Au début de mon doctorat, j’ai fondé la colonie d’oiseaux sur laquelle j’ai travaillé ensuite pendant plusieurs années et suis donc quasiment partie de zéro. Du coup, j’ai acheté mes perruches (il a fallu trouver les éleveurs, aménager les pièces pour les accueillir, finir de les nourrir à la main pour les plus jeunes pour qu'ils soient habitués aux humains), et j’ai ensuite passé des semaines, à juste passer du temps avec elles, pour les familiariser à être manipulées et à participer à des expériences

En parallèle, je lisais beaucoup d’articles scientifiques en anglais, pour faire la bibliographie et m’assurer que les protocoles des expériences que je voulais réaliser n’avaient pas déjà été faits ailleurs par d’autres équipes de recherche. Ensuite, il y a la mise en place concrète des expériences, avec l’écriture des protocoles, la conception et la création des dispositifs expérimentaux (où on se remonte les manches et où on bricole intensément), les crash tests où on réalise que les oiseaux ne réagissent pas du tout comme prévu, les vraies expériences où l’on est en direct avec les animaux, puis les analyses des données, où l’on regarde des heures et des heures de vidéo pour récolter les données et analyser les comportements qui nous intéressent.
Parfois, on est amené à recruter des étudiants pour nous assister dans la récolte des données ou l’analyse des vidéos, du coup c’est encore un travail différent, pour lequel il faut souvent improviser. Il faut lire les CV, les lettres de motivation, faire des entretiens d’embauche, récupérer les conventions de stage, relire et corriger les rapports de stage, entraîner les étudiants à leur soutenance… J'ai toujours trouvé ça important d'accompagner les étudiants autant que possible pour leur donner toutes les clés, pour mieux appréhender ce métier. 
Il y a aussi tout le travail d’analyse statistiques (pour lequel il faut se former à des logiciels comme R), puis d’écriture des articles scientifiques. Quand on publie ses recherches dans un journal, il faut aussi faire tout une série d'échanges avec les relecteurs qui corrigent et critiquent nos travaux pour les améliorer et les rendre les plus compréhensibles possible.
De manière plus ponctuelle, on prépare aussi des interventions en conférences et en colloque pour présenter ses travaux, le plus souvent à l'étranger et en anglais.
Enfin, ce n’est pas le cas de tous les doctorants, mais à Nanterre, on avait tous des missions d’enseignements, donc on donnait des cours de biologie aux étudiants de licence en psychologie et master MEEF (futurs professeurs des écoles) de la fac. Donc il y a du face public, de la correction de copies, de la préparation de cours, de la surveillance d’examens, et parfois même de la gestion de conflits !Donc une journée, ça peut être un mélange d’un peu tout ça à la fois !

Combien d’heures travailles-tu par jour/semaine environ ? 
Oulà. Question difficile ! Il est impossible de le quantifier précisément. Pour moi en tout cas. Déjà, parce que chaque thèse est différente. Et ensuite parce que chaque journée est également différente. Certains de mes collègues partent par exemple 4 mois d’affilée à travailler 7 jours sur 7 pour observer des animaux sauvages. Donc cela veut dire que quand ils sont sur le terrain, ils travaillent sans relâche, car ils n’ont que cette période courte pour faire leurs expériences et leurs observations.  C'est le cas notamment pour celles et ceux qui s'intéressent aux comportement de reproduction ou de choix de partenaires ! Les oiseaux, par exemple, ne font des petits qu'une fois par an, alors il ne faut pas louper le coche ! Quand j'étais en Allemagne, lors de ma dernière année de thèse avec les choucas, nous avions un jour de repos par semaine, et l'on faisait tout à la station (soin aux animaux + entretien des locaux + expériences), ce qui impliquait de travailler du lever au coucher du jour (tant que les oiseaux étaient actifs), donc en hiver de 7h à 18h, plus tard en été.

Ensuite cela dépend de si l’on vous confie des heures d’enseignement à donner, si vos expériences sont longues à mettre en place, etc…L’emploi du temps est relativement prévisible, quand on enseigne, on a des horaires imposés, mais sinon, il faut réussir à avancer sur sa thèse en dehors.Comme je ne suis personnellement pas du tout du matin, j’arrivais souvent au labo vers 10h30, mais habituellement j’y restais jusque 21h. Après, là aussi dans des moments de rush, je suis déjà restée en solitaire, pour bosser au calme dans le labo désert jusqu’à minuit. Quand il faut que les derniers résultats soient analysés parce qu’on doit présenter nos trouvailles à un colloque international, on n’a pas le choix, il faut que ce soit prêt. On peut aussi bosser le week-end. Il n’y a pas trop de règles. Mais dans mon labo, les gens étaient "souples". Qu’importe les heures que tu passes au laboratoire, du moment que le travail est fait. Mais faire une thèse, avec des horaires réguliers, 9h-17h, ça me semble impossible. Surtout quand on travaille avec du vivant, complètement imprévisible. On n'est jamais à l’abri d’un oiseau qui tombe malade un vendredi soir à 19h qu’il faut urgemment emmener chez le vétérinaire. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises et de devoir passer le week-end au labo pour leur faire les soins et leur donner les médicaments à heure régulière. Mais leur bien-être était à ce prix.

Travailles-tu seule ou en équipe ?
Les deux, mon capitaine !
J'ai beaucoup travaillé en indépendance totale. Lire la bibliographie, réfléchir aux protocoles, recruter les étudiant.e.s, ça je le faisais beaucoup seule. Pareil pour préparer mes interventions publiques officielles en conférence, et lorsque je faisais de la vulgarisation scientifique, ou encore quand je devais régler des soucis administratifs (et quand on est enregistrée  comme étudiante dans deux pays, on maximise les chances d'avoir des pépins, croyez-moi sur parole !).
À l'origine du projet, pour chercher des financements et délimiter les expériences de thèse, mes deux directrices de thèse m'ont accompagné et donné des conseils. Mais j'ai aussi, et beaucoup travaillé en équipe. Les autres chercheurs et chercheuses du labo, ainsi que mes copains doctorant.e.s m'ont donné de nombreux conseils. On se réunissait par exemple une fois par semaine pour  le journal club pour analyser un article scientifique. Mes collègues m'ont aussi aidé pour des analyses statistiques (pour lesquelles j'ai toujours été à la ramasse !) et sur l'aspect technique de certaines de mes manips, notamment celle sur le son, ce qui n'était pas du tout mon domaine de compétence. Ils m'ont aussi beaucoup aidé lors des enseignements, en me confiant des cours déjà préparés pour me faciliter la tâche. Aussi, je n'aurai pas pu faire mon travail sans l'aide de tous les stagiaires que j’ai encadré pendant ma thèse. En tout, et sur 4 ans, j’ai encadré 12 étudiants de divers niveaux, sur des périodes allant de 3 à 5 semaines (le plus courant) à 6 mois (rare). Même si les former était une tâche supplémentaire, leur aide a été cruciale.
Mais celui à qui je dois le plus est sans aucun doute le chef animalier de mon laboratoire et son équipe. Il m’a énormément aidé pour la création de la colonie d'oiseaux, pour prendre soin des animaux (nourrissage, nettoyage des volières, création d’enrichissements). Il a fait avec moi le chemin jusque chez les éleveurs et de nombreux allers-retours chez le vétérinaire et m’a aussi aidée à construire les dispositifs expérimentaux. Je lui en suis immensément reconnaissante.

Quel salaire peut-on espérer en débutant dans ce métier ?
Lorsque l'on décroche une bourse de thèse, on est financé pendant 3 ans pile poil, et l'on touche un salaire mensuel d'environ 1400 euros nets pas mois. Parfois il est possible d'additionner ce que l'on appelle un "avenant", un contrat supplémentaire qui permet de donner des heures de cours à la fac, ce qui, selon les universités, peut monter jusqu'à 200 euros par mois en plus. Parfois, mais c'est plutôt rare en éthologie, certaines thèses sont partiellement financées par des entreprises, on parle de thèse CIFRE. Pour le coup, le salaire est j'imagine équivalent voire plus élevé. 
Une fois que l'on a un poste fixe, et stable, à la fac ou au CNRS, le salaire augmente par échelon puisque l'on bénéficie du statut de fonctionnaire de la fonction publique. 
Dans le privé, le salaire évolue différemment, avec des règles propres à l'entreprise.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?
Les avantages : métier très enrichissant, très stimulant, pas deux journées identiques, une multitude de mission à mener, contact privilégié et prolongé avec des animaux, échange avec des gens passionnants aux parcours souvent incroyables et venus de tous pays, ouverture sur le monde, travail en équipe enrichissant, un côté très "touche à tout" et multi-tâches !
les inconvénients : lourde charge de travail, travail en équipe qui peut représenter une contrainte, précarité le temps de trouver un poste fixe (ce qui peut être très long), postes rarissimes, salaire modeste vis-à-vis du niveau d’études.

Quels sont les débouchés ?
Pour devenir chercheur ou chercheuse, la majorité des candidat.e.s passent par l’université, et cherchent à obtenir un poste fixe comme maître de conférence et ainsi faire de l'enseignement et de la recherche. L'autre alternative est d'obtenir un poste auprès d' instituts de recherche nationaux comme le CNRS, l'INRA, le Muséum National d'Histoire Naturelle ou encore l'IFREMER où il n'y a généralement pas de charge d'enseignement et où le travail est uniquement lié à la recherche (et à la recherche de financements, mais ça c'est une autre histoire).
Les postes sont accessibles sur concours et peu de nouveaux postes s’ouvrent malheureusement, ce qui veut dire qu’après la thèse, il faut souvent s’engager sur plusieurs années de contrats à durées déterminés appelés « postdocs » avant d'avoir un dossier assez solide pour pouvoir postuler à un poste fixe. Pour être valorisé, les post docs se déroulent souvent à l'étranger. Les meilleurs dossiers sont ceux qui comportent le plus d'articles publiés, dans des revues prestigieuses, ce qui demande énormément de travail et pas mal de frustrations, car le processus de publication est long et difficile.

Certains chercheurs trouvent également des postes dans le privé, dans des entreprises telles que Diana Pet Food, Mars ou Nestlé à l'origine de marques de nourriture pour chiens et chats comme Purina et Royal canin, ou encore l'IRSEA, un laboratoire privé qui cherche à comprendre l’interaction des animaux avec leur milieu, notamment par l’intermédiaire de la communication chimique. Les animaux de compagnie représentent en effet un marché important et des scientifiques sont recrutés pour tester des préférences alimentaires pour de nouveaux types d'aliments ou encore développer de nouveaux produits (jouets, objets du quotidien comme les gamelles et types de litières, phéromones, etc...) ! 

Il existe aussi des alternatives au métier de chercheur "académique" quand on veut faire de l'éthologie, avec notamment une voie plus "appliquée", qui ne nécessite pas forcément de passer par une thèse :  pour agir au sein d’associations naturalistes, de conservation de la nature, travailler au bien-être des animaux captifs en parcs zoologiques ou en élevage, monter des fermes pédagogiques, devenir éducateur canin, comportementaliste, spécialiste de la relation humain/ animal de compagnie, etc…Le M2 de Paris XIII "éthologie appliquée" propose une formation spécifique à cette voie alternative.

D'autres encore, comme moi, quittent le milieu académique et font de la vulgarisation scientifique auprès du grand public, pour parler d'éthologie à tout le monde !

Quel conseil pourrais-tu donner à quelqu'un qui voudrait se lancer dans la même carrière ?
Pour bosser en éthologie, il faut être patient. TRÈS patient. Et ne pas compter ses heures. Quand on travaille avec des animaux, il faut aussi être prêt à faire face à l'imprévu. Un animal qui tombe malade, ça peut arriver n'importe quand, tous les jours, à toutes les heures, week-ends et vacances inclus. 
Mais les expériences aussi, demandent de la patience ! Mes oiseaux étaient tous néophobes, c'est à dire qu'ils avaient peur de tout ce qu'ils ne connaissaient pas, les objets nouveaux notamment. Lors de mon stage avec les perroquets, nous avons passé près de 3 semaines juste à les entraîner à rester à côté d'un petit écran en carton sans qu'ils en aient peur (alors qu'ils avaient déjà vu du carton avant !). C'est parfois frustrant, mais ça fait partie du jeu !
Surtout, et avant tout chose: soyez conscients des risquesLe métier est difficile, il y a peu de postes disponibles, et il nécessite pas mal d'abnégation et d'endurance. Être chercheur nécessite un doctorat (Bac +8), une ou plusieurs expériences courtes (et souvent précaires) à l'étranger appelées "post-docs" de plusieurs années avant de finalement trouver un poste stable dans un laboratoire de recherche (au CNRS ou à l'université), ouvert sur concours. Ce qui veut dire que même d'excellents scientifiques doivent attendre des années avant d'avoir un poste permanent dans un labo, ce qui peut paraître complètement injuste. Après, pour celles et ceux qui tentent l'aventure, cela peut être aussi très stimulant: on voyage beaucoup, on vit à l'étranger, on s'ouvre aux autres et à d'autres expériences et cultures. C'est très motivant ! Mais ça ne convient pas à tout le monde. Il faut être prêts à bouger et à mettre un peu vos vies amicales et familiales entre parenthèse. C'est un travail de longue haleine, extrêmement prenant et si les études longues ce n'est pas votre truc, envisagez une autre voie ! Mais je vous rassure, bosser avec des animaux, les protéger ou sensibiliser le public, il y a  plein d'autres moyens de le faire !
Donc difficile mais pas impossible ! Et il faut être conscient de tout ça avant de s'engager, pour éviter les déceptions.
Mon autre conseil, outre le fait d'être acharné, c'est de faire un maximum de stages. Malheureusement, c'est le plus souvent en tant que bénévole (l'argent est rare en recherche ! Là aussi, si vous voulez faire fortune, éthologue, ce n'est pas le meilleur plan !), mais c'est ce qu'il y a de mieux pour appréhender les différentes facettes du métier et se confronter aux réalité du terrain. En plus, ça vous fait un bon CV et ça vous donne plus de chances d'être retenus pour vos stages obligatoires de Licence et Master. Et comme le milieu est tout petit, tout le monde se connait ! Si vous faites du bon boulot, le mot se passera d'un labo à l'autre et vous mettrez tous les atouts de votre côté !

Es-tu toujours chercheuse aujourd'hui ?
Et bien non. Bien que toujours éthologue, j'ai choisi d'arrêter la recherche fondamentale après ma thèse, que j'ai soutenue en décembre 2017. Le côté très compétitif du milieu et l'incertitude d'avoir un poste un jour, ainsi que quelques petites injustices inhérentes au milieu m'ont poussée à chercher une autre voie. Aujourd'hui, je suis indépendante, mais je continue à parler d'animaux à longueur de temps ! Pour découvrir ce que je fais, n'hésitez pas à aller voir les sections publications et prestations de ce blog ainsi que l'émission de radio que j'anime sur Campus FM !

Est-ce que je peux venir faire un stage avec toi ? 
Alors, malheureusement, puisque j'ai quitté la recherche académique, je ne suis plus chercheuse et donc plus rattachée à aucun laboratoire. Je ne suis donc plus en mesure d'encadrer des étudiant.e.s. Désolée ! Mais n'hésitez pas à chercher des offres de stage, les chercheurs ont toujours besoin de main d'oeuvre.
Pour trouver des offres de stage, ou même pour vous renseigner sur les laboratoires et leurs thématiques de recherche, voici quelques liens qui peuvent vous être utiles:
-la liste de diffusion de la Société Française d'Études du Comportement Animal (SFECA)
-le site "après un master étho, éco and co"

Pourquoi as-tu suivi de nouvelles formations après ta thèse ? Qu'est-ce que ça t'as apporté ? 
Après ma thèse, j'ai suivi un DU de médiation scientifique et j'ai suivi la formation initiale à l'animation délivrée par l'association des Petits débrouillards. En thèse, quand on veut faire de la vulgarisation, il faut le plus souvent expérimenter tout seul, se lancer, parfois avec des ratés. Être un bon scientifique ne garantit malheureusement pas d'être un bon orateur ou un bon vulgarisateur. Ces formations, m'ont permis d'avoir un large aperçu de ce qui existe en vulgarisation des sciences, alors que, j'avais surtout testé le format conférence souvent un poil trop académique et sérieux. Grâce au DU, j'ai pu découvrir le format radio (en tant qu'intervieweuse), les conférences aux formats courts (3 minutes, 15 minutes...), les réseaux sociaux, la conception et l'animation d'ateliers face public et m'essayer à l'organisation d'un événement de vulgarisation scientifique avec du public. Les deux formations m'ont aussi aidé à travailler ma posture face au public, à travailler mon expression corporelle avec du jeune public. Utiliser des mots simples et percutants sans dénaturer C'était très utile et cela m'a permis de rencontrer des acteurs de tous horizons et d'affiner mes compétences, tout en me permettant de mieux définir ce que je préférais faire en matière de transmission des savoirs. Elles m'ont aussi permis de rencontrer et côtoyer de gens de tous âges et d'horizons très différents, ce qui enrichit toujours la vision que l'on peut avoir d'une pratique !

Qu'est-ce qui t'as donné envie de faire de la vulgarisation scientifique ? Pourquoi as-tu poursuivi dans cette voie ?
Au départ, j'ai fait de la vulgarisation scientifique pendant ma thèse car ma directrice française était régulièrement sollicitée par les médias. Elle a pris l'habitude de m'inclure dans ces projets, puis parfois, de me les déléguer quand elle n'avait pas le temps. J'ai donc ainsi eu la chance, très tôt dans ma thèse, d'être interviewée pour la radio, la presse écrite ou la télévision. J'étais au départ très timide et très incertaine (peur de ne pas être légitime, de dire des bêtises), et je me suis rendue compte que l'exercice était intéressant, et permettait de faire sortir les savoirs des laboratoires. J'y ai donc pris goût et ai ainsi donné mes premières conférences grand public en 2015 et 2016, pendant ma thèse.

Faire de la vulgarisation m'a fait beaucoup de bien. Cela m'a permis de prendre confiance en moi, et surtout, je trouvais ça extrêmement valorisant d'avoir des retours du public. En recherche, il peut se passer des années entre la réalisation d'une expérience et la publication des résultats, qui ne seront lu que par une partie infime de la population. Personne ne sait sur quoi vous travaillez ! Parler des animaux aux gens et avoir leur retour instantané est une récompense immédiate et très appréciable. Comme pour des acteurs sur scène, au théâtre, vous savez tout de suite si vous faites rire dans la salle et si les gens passent un bon moment ! 




Babillages:

Soyez bavard comme une pie